LE PROPHETE

 

DE

 

GIBRAN KHALIL GIBRAN

 

 

 

Gibran Khalil Gibran ( dans l'ordre, son prénom, prénom de son père, et son nom de famille) est le 6 Janvier 1883 à Bécharré, village de la montagne libanaise. Son père, joueur et désinvolte, s'était endetté, si bien qu'il ne parvenait plus à subvenir aux besoins de sa famille. Son épouse dut s'en aller rejoindre des membres de la sienne aux Etats-Unis, emmenant avec elle ses enfants dont Gibran âgé de 12 ans.

Ce dernier fit des études en langue anglaise pendant trois ans, repartit à Beyrouth, y poursuivit sa scolarité en langue arabe, puis revint aux Etats-Unis en 1902. Dès 1905, Gibran publie plusieurs livres en arabe, et en 1918 son premier livre en anglais intitulé « Le Fou ». « Le Prophète » également écrit en anglais est entamé en 1915, et publié en 1923. Son dernier livre « The Earth Gods » est publié le 14 Mars 1931, à peine un mois avant la mort de l'écrivain le 10 Avril 1931 à New-York.

Ceci pour souligner que malgré une scolarité dispersée, voilà un jeune homme qui à l'âge de 22 ans est capable d'écrire et de publier aussi bien en arabe qu'en anglais.

 

« Le Prophète »

 

Cet ouvrage publié et traduit en une quarantaine de langues fait de Gibran, le philosophe aux racines orientales, épanouies en occident. Ceci n'engage que mon propre jugement, prêt à débattre avec une éventuelle controverse.

 

Al-Mustapha est l'élu de la ville imaginaire d'Orphalèse. Après avoir longtemps vécu dans cette citée, l'heure de son départ pour son île natale vient de sonner. Les prêtres, les prêtresses, le peuple, tous s'émeuvent du départ du sage, assimilé à un prophète. Rassemblée autour de lui, et attendant l'arrivée du navire qui doit l'emmener au loin, l'assemblée l'interroge sur mille questions relatives à l'existence et écoute sa sagesse qui n'est autre que celle de l'écrivain. Dans ce livre, Gibran laisse transparaître son esprit humaniste et oecuménique, qui conçoit avec complaisance que le Proche-Orient est le creuset naturel de toutes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

les croyances et les religions. Catholique Maronite, il ne s'interdit pas d'aimer le Coran et Mahomet, et d'exprimer sa sagesse dans un ouvrage intitulé «  Le Prophète ». Le Proche Orient de l'époque était un bouillon de culture, et les salons littéraires étaient nombreux au Caire et à Beyrouth.

Philosophe humaniste aux racines orientales épanouies en occident, Gibran est naturellement épris de justice, de liberté et d'émancipation, couronnant des valeurs levantines fondamentales. C'est cet homme qui, par la voix de Al-Mustapha, tout au long de son ouvrage livre ses réponses au peuple d'Orphalèse, réponses devenues des citations.

 

QUELQUES CITATIONS ET COMMENTAIRES.

 

 

«  Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ce sont les fils et les filles de l'appel de la vie à la vie »

« ...et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. »

 

L'aspiration orientale tend à fonder tous ses espoirs dans ses descendants, quitte à les aliéner par l'amour et la proximité. Par son influence occidentale, Gibran les libère et reconnaît leurs propres ailes.

 

Un autre exemple de cette dualité relative à l'amour et le mariage :

«  Emplissez chacun la coupe de l'autre, mais ne buvez pas à une seule coupe. »

« ….mais demeurez chacun seul, de même que les cordes d'un luth sont seules cependant qu'elles vibrent de la même harmonie. »

Certes Gibran prône la plus profonde unité dans le couple, mais consolidée paradoxalement par des espaces de liberté.

«  Qu'il y ait des espaces dans votre communion et que les vents du ciel dansent entre vous. »

 

Et cette extraordinaire lecture de nos innombrables dualités.

«  En tout homme résident deux êtres : L'un éveillé dans les ténèbres, l'autre assoupi dans la lumière. »

Il n'y a pas d'ombre sans lumière. Donc forcément, nous sommes habités par les deux. Le bien et le mal, la force et la faiblesse. Mais sa lecture de cette dualité reste bienveillante, comme si ces notions étaient complémentaires, l'une indispensable à l'existence de l'autre. Il sait lire dans l'ombre et débusquer la force de la faiblesse, la nonchalance de la démarche de la bonté vers la méchanceté

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

sans pour autant l'atteindre ou la vouloir. Toutes les subtilités sont dans son regard qui dissèque le comportement et le ressentiment.

« Vous n'êtes pas forcément mauvais quand vous n'êtes pas bon. Vous ne faites que flâner. »

«  Vous ne saurez être libre que lorsque même le désir de parvenir à la liberté deviendra pour vous un harnais »

La liberté ne peut exister qu'au prix de la maîtrise des soifs extravagantes et égoïstes de notre côté sombre.

 

«  Ce qui semble le plus faible et le plus égaré en vous est le plus fort et le plus déterminé. N'est-ce pas votre souffle qui a endurci et érigé la structure de vos os ? »

En effet, scientifiquement prouvé, l'effet pneumatique de notre respiration influence la morphologie de notre face. Un visage long et étroit a souffert d'un déficit respiratoire durant l'enfance.

 

Et ainsi défilent les citations du « Prophète », parfois analogiquement appuyées par la similitude du comportement de la nature qui nous entoure. Gibran évoque tour à tour la question du don, du travail, de la joie et de la tristesse, du plaisir, de la religion, de la mort, des lois, de la raison et de la passion, et de tant d'autres sujets. Il nous dévoile les liens et les compatibilités dans ce qui nous semble à première vue total antagonisme. Il nous apprend à lire et à comprendre dans l'ombre, fille de la lumière.

 

 

 

 

 

Georges Fayad.